Pleins feux sur l’étude « Stride Dystonia » menée par Vima Therapeutics auprès de patients atteints de dystonie isolée

La mise au point de nouveaux traitements constitue une priorité absolue dans la recherche médicale sur la dystonie. Nous trouvons encourageant de constater que des essais cliniques sont en cours pour évaluer de nouveaux traitements, en particulier pour les types de dystonie qui restent difficiles à traiter avec les méthodes actuelles. L'étude « Stride Dystonia » menée par Vima Therapeutics fait partie de ces essais cliniques. Bien que les injections de toxine botulique demeurent l’un des traitements les plus couramment utilisés pour la dystonie, des études ont montré que de nombreux types de dystonie ne sont pas véritablement focaux et touchent plus d’une partie du corps, ce qui rend difficile leur traitement par des injections localisées. Le fondateur et chef de la direction, Bernard Ravina, et son équipe ont commencé à étudier les médicaments oraux susceptibles d’être utilisés dans le traitement de la dystonie plus généralisée.

Cette étude vise à déterminer si un médicament oral expérimental (VIM0423) permet de réduire la gravité des symptômes de la dystonie chez les personnes atteintes de dystonie isolée. À l'heure actuelle, l'étude se déroule dans plusieurs centres aux États-Unis et suit les participants pendant environ 32 semaines, depuis leur consentement jusqu'à la fin de l'étude. Les participants admissibles sont répartis au hasard dans l'un des deux groupes. Un groupe reçoit le médicament expérimental et l'autre, un placebo; les deux groupes prennent le médicament deux fois par jour. Grâce à la répartition aléatoire et à la présence d’un groupe placebo, l’étude « Stride Dystonia » compte parmi les recherches cliniques de la plus haute qualité, ce qui aide les scientifiques à déterminer si le traitement lui-même est à l’origine des effets observés. Pour plus d’information (site Web en anglais seulement), visitez www.stridedystonia.com.

L'étude est menée dans des centres situés aux États-Unis et n'est actuellement ouverte qu'aux résidents américains admissibles. Les résidents canadiens ne sont pas admissibles à cette étude pour le moment; toutefois, celle-ci est mise de l’avant afin de tenir la communauté canadienne touchée par la dystonie informée des dernières avancées de la recherche.

Poursuivez votre lecture pour en savoir plus sur Vima Therapeutics et sur la manière dont l'étude « Stride Dystonia » prend forme. Merci à la DMRF de nous avoir autorisés à adapter et à reproduire cette entrevue à l'intention de notre public canadien.

Entretien avec Dr Bernard Ravina, M.D., M. Sc., chef de la direction de Vima Therapeutics

Le Dr Bernard Ravina, M.D., M. Sc., est le fondateur et chef de la direction de Vima Therapeutics, une entreprise de biotechnologie au stade clinique établie à Cambridge, dans le Massachusetts, qui se consacre à la mise au point de nouveaux traitements oraux contre la dystonie et les troubles du mouvement connexes. Le Dr Ravina possède plus de 25 ans d’expérience dans divers secteurs, notamment au sein du gouvernement, du milieu universitaire et de l’industrie biopharmaceutique.

Q. : Vous avez consacré une grande partie de votre carrière de neurologue à soigner des personnes atteintes de troubles du mouvement. Qu'est-ce qui vous a poussé à fonder Vima Therapeutics et à vous concentrer plus particulièrement sur de nouvelles options thérapeutiques pour la dystonie?

Lorsque j’ai eu l’occasion de fonder une nouvelle entreprise, je me suis posé deux questions principales : 1. Un nouveau traitement est-il nécessaire? 2. Notre compréhension des principes scientifiques et biologiques sous-jacents est-elle suffisante pour mettre au point un nouveau traitement? En approfondissant la question, il m’est apparu clairement que la réponse à ces deux questions était « oui ». Depuis que j’ai effectué ma formation spécialisée en troubles du mouvement il y a 25 ans, aucune nouvelle approche thérapeutique n’a vu le jour pour traiter la dystonie, à l’exception des toxines et de la stimulation cérébrale profonde (SCP). En ce qui concerne la biologie et la science, nous avons constaté qu’il existait des points communs liés aux déséquilibres des neurotransmetteurs entre les différents types de dystonie. Cela nous a amenés à travailler sur des idées et des expériences préliminaires dès 2023 et nous a mis sur la voie de la mise au point d’un nouveau traitement oral potentiel contre la dystonie.

Q. : Vous avez participé au 6e Symposium international sur la dystonie Samuel Belzberg en 2023. Qu'est-ce qui vous a le plus marqué lors de cette réunion?

Ce fut une excellente réunion qui m’a permis de constater qu’il y avait un dynamisme certain, des infrastructures telles que la Dystonia Coalition et l’étude sur l’évolution naturelle de la maladie, ainsi que de nombreux scientifiques talentueux. Ce qui a également retenu l’attention, ce sont certaines données issues de la Dystonia Coalition et de l’étude allemande DysTract sur l’histoire naturelle de la maladie, qui ont montré qu’en y regardant de plus près, davantage de personnes souffrent d’une dystonie plus étendue ou touchant davantage de parties du corps qu’on ne le pensait auparavant. Non localisées, c’est-à-dire ne se limitant pas à une seule partie du corps, mais touchant deux parties du corps ou plus qui pourraient ne pas être traitées par des injections de toxine.

Q. : Dans quelle mesure des rencontres comme celle-ci sont-elles importantes pour favoriser les liens entre chercheurs et cliniciens?

Je ne saurais trop insister sur l’importance de la communauté de la recherche et de la pratique clinique, car c’est là que l’on trouve et que l’on échange des idées, et ce sont ces groupes qui mènent les essais cliniques et mettent au point de nouveaux traitements. On le constate dans tous les autres domaines, et la communauté des chercheurs se développe parallèlement à la collaboration qui découle de la réalisation d’essais cliniques.

Q. : De nombreux traitements actuels de la dystonie ne permettent pas de maîtriser pleinement les symptômes ou peuvent être difficiles à tolérer. Selon vous, où se situent les plus grandes lacunes aujourd’hui?

Notre objectif est de mettre au point un traitement oral quotidien et fiable qui serait efficace quelle que soit la ou les parties du corps touchées par la dystonie. Cela n’existe tout simplement pas à l’heure actuelle. Les toxines ont des effets fluctuants ou variables au fil du temps; elles ne sont approuvées par la FDA (et Santé Canada) que pour le cou et les yeux, et leurs résultats dépendent fortement de la qualité de l’injection et de l’habileté du praticien. La stimulation cérébrale profonde (SCP) peut avoir des effets importants chez certaines personnes, mais il s’agit bien sûr toujours d’une chirurgie cérébrale, et les données d’épidémiologie montrent que seulement environ 3 % des patients atteints de dystonie bénéficient d’une SCP. En bref, ces traitements sont efficaces, mais nous avons besoin d’une solution qui permette de traiter davantage de personnes et plus souvent.

Q. : Votre entreprise met au pont un médicament oral, le VIM0423, conçu pour agir sur les mécanismes biologiques sous-jacents de la dystonie. Pourriez-vous expliquer, en termes simples, comment ce médicament agit sur le cerveau?

L'idée fondamentale qui ressort de ces années de recherche est qu'il existe un déséquilibre au niveau des neurotransmetteurs clés impliqués dans la façon dont le cerveau contrôle les mouvements. Plus précisément, nous pensons qu’il existe un excès d’une substance chimique cérébrale, l’acétylcholine, par rapport à la dopamine, dans une partie du cerveau appelée le striatum, qui est essentiellement un centre de relais pour les signaux moteurs. Des études antérieures et des essais cliniques laissent croire que le blocage de la transmission de l'acétylcholine pourrait atténuer les symptômes de la dystonie. Cependant, les médicaments existants qui bloquent les récepteurs de l’acétylcholine sont mal tolérés en raison des effets secondaires. Nous avons donc conçu notre médicament expérimental, le VIM0423, pour agir sur ce mécanisme, en réduisant la transmission de l’acétylcholine, tout en améliorant l’innocuité et en diminuant les effets secondaires, dans le but de disposer d’un nouveau médicament oral potentiel pour traiter la dystonie.

Q. : Vous avez récemment lancé l'essai clinique de phase II STRIDE sur la dystonie. Quel est l’objectif principal de cette étude?

L’objectif de tout essai clinique, y compris Stride Dystonia, est de comprendre les bienfaits potentiels et les effets secondaires potentiels. C’est ce que nous essayons de faire ici, et plus précisément de déterminer quelle est la dose optimale pour maximiser les bienfaits sur la dystonie et minimiser les effets secondaires, afin de rendre ce médicament aussi efficace que possible. Il s’agit d’un processus, et les données issues de l’étude Stride Dystonia nous aideront à planifier la prochaine étude et à définir la marche à suivre avec la FDA, qui est chargée d’accorder l’homologation de tous les nouveaux médicaments.

Q. : Quand les patients peuvent-ils s’attendre à voir les résultats de l’essai STRIDE Dystonia, et à quoi ressemblerait un succès?

Nous espérons mener à bien cet essai clinique au cours du premier semestre de 2027. Ce calendrier dépend de la collaboration de tous.

Q. : Dans quelle mesure la participation des patients est-elle importante pour faire progresser des recherches comme celle-ci?

La participation des patients est l'élément clé. Nous avons fondé cette entreprise pour les personnes atteintes de troubles moteurs. Les essais cliniques que nous menons sont le fruit d'une collaboration entre des personnes atteintes de dystonie et des chercheurs. Les essais cliniques ne peuvent avoir lieu sans que des participants s’y inscrivent, y restent, prennent le médicament à l’étude et fassent part de leur expérience objective et précise au cours de l’essai. C’est ce qui constitue les données. C’est également l’une des raisons pour lesquelles nous avons baptisé cet essai clinique « Stride Dystonia » : pour symboliser le fait d’avancer et de franchir ensemble une nouvelle étape. Participer à des essais cliniques, c'est apporter sa contribution. Il ne s'agit pas pour une personne en particulier de recevoir un traitement, mais plutôt de contribuer à la mise au point de traitements futurs. Alors que nous entamons cet essai clinique, je tiens simplement à remercier les personnes qui y participent déjà pour le temps et les efforts qu’elles y consacrent. Quant à celles et ceux qui sont intéressés, vous pouvez en savoir plus sur cet essai clinique sur le site stridedystonia.com.

Q. : Y a-t-il des formes de dystonie qui pourraient tirer le plus grand bénéfice de ce traitement?

Pour l'instant, nous nous concentrons sur la dystonie isolée ou primaire. Cette forme de dystonie concerne les personnes atteintes d’une dystonie qui n’est pas causée par une autre affection neurologique. Nous souhaitons également étudier les personnes atteintes de dystonie dans plusieurs parties du corps. Cela nous permet d’avoir un niveau de gravité suffisant pour mesurer tout changement dans le cadre de l’essai clinique.

Nous espérons que le VIM0423 pourrait être efficace chez les personnes atteintes de nombreux types différents de dystonie, quelle que soit la partie du corps touchée, mais il faut bien commencer quelque part, et cet essai doit être un succès pour que nous puissions aller de l’avant.

Q. : Si le VIM0423 et les traitements similaires s’avèrent efficaces, comment envisagez-vous l’évolution des options de traitement au cours des cinq à dix prochaines années?

Un premier médicament oral approuvé pour traiter la dystonie pourrait constituer un tournant. Tout d’abord, cela offrirait aux gens une façon tout à fait différente de traiter la dystonie, sans injections ni chirurgie. Cela ouvrira également la voie à la mise au point de nouveaux traitements.

Cela montrera aux personnes qui investissent dans la recherche que la dystonie est un domaine promis à de grands progrès. Cela permettra de mettre sur pied cette communauté de recherche dont nous parlions tout à l’heure, afin que les essais cliniques futurs puissent être encore plus efficaces et ouvrira la voie auprès de la FDA pour que les futurs traitements puissent être approuvés. La mise en place d’un processus réglementaire bien défini encouragerait d’autres entreprises et chercheurs à explorer de nouveaux traitements. Pour changer la donne à l’horizon de cinq à dix ans, il faut commencer par un essai clinique concluant. C’est pourquoi nous sommes ravis du projet Stride Dystonia et de notre collaboration avec la DMRF et la communauté des personnes atteintes de dystonie afin de continuer à faire progresser la recherche sur la dystonie.

Reproduit et adapté avec l’autorisation de DMRF Dystonia Dialogue, Été 2026, vol. 49, no 2.

Last update: Sep 2026