La dystonie focale de la main chez les musiciens

La dystonie focale de la main et des membres se manifeste généralement comme une perte indolore de contrôle musculaire à l’occasion de l’exécution de mouvements de haut niveau. On suppose une prédisposition génétique dans moins de 5 % de tous les cas de dystonie focale.

Plusieurs professions exigent des mouvements de la main répétés et complexes. Cependant, il est étonnant de constater que la dystonie focale de la main est beaucoup plus répandue chez les musiciens que dans tout autre groupe de professionnels, notamment les dentistes, les chirurgiens et les écrivains. Dans les publications médicales, ce trouble est souvent appelé « crampe professionnelle » (par exemple, la « crampe du violoniste » et la « crampe du pianiste »).

Les symptômes

La plupart des musiciens atteints de dystonie focale de la main décrivent les symptômes en termes musicaux. Un musicien peut constater les éléments suivants :
• une perte subtile de contrôle dans les passages à exécution rapide;
• un manque de précision;
• le repli des doigts;
• les droits qui restent « collés » sur des clés;
• une flexion involontaire du pouce de la main qui tient l’archet chez les musiciens qui jouent des instruments à cordes.
Les spasmes peuvent être accompagnés ou non de tremblements.

Dans la plupart des cas, la dystonie est présente uniquement dans le contexte de tâches précises. À titre d’exemple, certains musiciens qui jouent de plus d’un instrument à vent signalent que la dystonie peut se manifester alors qu’ils jouent de la clarinette, mais non lorsqu’ils jouent du saxophone.

La dystonie peut aussi sembler extrêmement sensible au toucher : un pianiste peut avoir des symptômes alors qu’il joue sur des clés de piano en ivoire, mais non lorsqu’il joue sur des clés en plastique. Parfois la modification de la posture et même les expressions faciales peuvent avoir une incidence sur les spasmes dystoniques dans la main.

La cause

Il n’existe pas de cause isolée de la dystonie de la main ou des membres. Diverses pathologies peuvent donner lieu à des symptômes qui y ressemblent. Au fur et à mesure qu’un enfant se développe, il apprend plusieurs mouvements différents, comme marcher, écrire ou jouer d’un instrument, mouvements qui sont emmagasinés dans le cerveau comme programmes moteurs. Les cas de dystonie de l’embouchure qui sont des dystonies très liées à une fonction ont été décrits comme un « virus informatique » ou une « panne de disque dur » dans les programmes moteurs sensoriels qui sont essentiels pour jouer de la musique. Toutefois, d’autres facteurs, comme une prédisposition génétique, jouent vraisemblablement un rôle important dans le développement d’une telle dysfonction sensorimotrice. Une question importante que les chercheurs se posent toujours est celle de savoir pourquoi un nouveau schéma amélioré de mouvements sensoriels ne pourrait pas facilement neutraliser ce « virus informatique ».

Pour un petit nombre de musiciens atteints de dystonie, les crampes de la main peuvent être liées à d’autres dystonies. Les symptômes peuvent se développer à la suite de l’apparition de la crampe de l’écrivain ou être une manifestation initiale de dystonie segmentaire ou généralisée.

Traitement

Il n’existe pas à ce moment-ci de remède pour la dystonie et même si le traitement de ce trouble peut constituer un défi, il existe néanmoins plusieurs options possibles. Les différentes causes de la dystonie de la main peuvent justifier des traitements différents.

Les médicaments anticholinergiques, comme Artane® (trihexyphénidyle), peuvent être utiles pour traiter les dystonies en ce qu’ils ont une incidence sur la transmission des messages du cerveau jusqu’aux muscles.

Les injections de toxine botulique peuvent être utilisées pour obliger le corps à créer de nouveaux programmes en bloquant les impulsions nerveuses vers les muscles qui se contractent. Les injections affaiblissent temporairement le muscle, réduisant ainsi le spasme et obligeant le poignet à adopter une position différente pour compenser le muscle détendu. Dans un tel cas, l’injection elle-même n’est pas la solution, mais plutôt un outil pour aider le musicien à développer un programme moteur modifié.

Le but ultime du traitement consiste à établir de nouveaux programmes moteurs sensoriels pour exécuter les tâches nécessaires pour jouer de la musique. Il peut être possible de modifier l’instrument, par exemple, en modifiant la position des clés dans les instruments à vent ou en inversant la posture avec la main gauche qui tient l’archet pour les joueurs d’instruments à cordes. La modification du programme moteur chez les pianistes soulève un défi plus grand.