Haseel Bhatt est physiothérapeute et propriétaire de Neurology Rehab. Il possède une vaste expérience dans le domaine des troubles du mouvement.
L’année dernière, la FRMD Canada a mené un sondage auprès de personnes atteintes de dystonie afin de mieux comprendre comment elles gèrent leurs symptômes. Plus de la moitié des répondants ont déclaré avoir eu des séances de physiothérapie, ce qui en fait le traitement complémentaire la plus couramment utilisée. Pour en savoir plus sur la façon dont la physiothérapie peut aider les personnes atteintes de dystonie et sur la manière de trouver le bon physiothérapeute, nous avons discuté avec la physiothérapeute Haseel Bhatt, fondateur de Neurology Rehab dans la région de Durham, en Ontario.
M. Bhatt a consacré sa carrière au traitement des personnes atteintes de troubles du mouvement, notamment la dystonie, la maladie de Parkinson et les troubles neurologiques fonctionnels. Son expérience au sein de cliniques spécialisées dans les troubles du mouvement lui a permis d’acquérir une connaissance approfondie des défis auxquels font face les personnes atteintes de dystonie, des traitements disponibles et du rôle que la physiothérapie peut jouer en complément des soins médicaux.
Pourquoi envisager la physiothérapie?
Même si chaque personne atteinte de dystonie est unique, M. Bhatt a quelques conseils généraux à offrir. « Toute personne qui n’a pas encore essayé la physiothérapie pour traiter sa dystonie pourrait probablement en tirer profil », affirme-t-il. « Si vous souffrez de dystonie et que vous essayez de surmonter la douleur ou les tensions, il existe probablement une meilleure façon de faire. »
Plus précisément, M. Bhatt suggère que les personnes qui reçoivent des injections de toxine botulique peuvent en tirer un bénéfice particulier à un certain moment de leur cycle de traitement. « Il existe une période thérapeutique après les injections [de toxine botulique pendant laquelle les patients peuvent faire beaucoup d'efforts pour rééduquer leurs schémas musculaires », explique-t-il.
Dre Jane Liao, neurologue spécialisée dans les troubles du mouvement, partage également cette recommandation. « Il existe de bonnes études portant spécifiquement sur le rôle de la physiothérapie dans le traitement de la dystonie cervicale », explique-t-elle. « L’association d’injections de toxine botulique et de physiothérapie a donné de meilleurs résultats que chacune de ces interventions prise séparément. » Dre Liao souligne que l’intégration de la physiothérapie à un plan de traitement peut s’avérer particulièrement utile pour réduire la douleur.
Trouver le bon thérapeute
Si la physiothérapie vous semble être une option à envisager, la prochaine étape consiste à trouver un ou une physiothérapeute possédant l'expertise requise. « Idéalement, il faudrait trouver quelqu’un qui possède au moins une formation en réadaptation neurologique », explique M. Bhatt.
Il recommande également de ne pas hésiter à demander à une personne, avant de commencer à travailler avec elle, si elle a déjà travaillé avec des patients atteints de dystonie. « Techniquement, je pourrais soigner un joueur de soccer qui se blesse lors de la Coupe du monde, mais ce n’est pas mon domaine d’expertise », dit-il. Si une personne ne correspond pas au profil recherché, M. Bhatt suggère également de lui demander si elle a des recommandations à faire, car elle pourrait savoir où trouver la personne qu'il vous faut.
Comment le processus commence-t-il?
M. Bhatt considère la thérapie comme un effort de collaboration entre lui-même et la personne soignée. Pour cerner les besoins d’une personne, il doit d’abord faire une évaluation. Il examine la manière dont la dystonie se manifeste sur le plan des schémas de mouvement, de la tension, de l'amplitude articulaire et de la posture. Il souligne qu’une analyse approfondie porte également sur la personne dans son ensemble. Cela suppose notamment de voir comment les symptômes non moteurs, comme la douleur, l’anxiété et le stress, ont un impact sur les mouvements, ainsi que de mieux comprendre les activités quotidiennes de la personne et l’impact de la dystonie sur ces activités.
Cette évaluation est également l’occasion pour la personne atteinte de dystonie de décider si elle souhaite poursuivre en physiothérapie. « À la fin de la séance d’évaluation, vous devriez savoir si cette voie ou cette approche pourrait vous être utile », conseille M. Bhatt.
Comment fonctionne le traitement?
Une fois l'évaluation terminée, le traitement est adapté aux symptômes, aux objectifs et aux activités quotidiennes de la personne.
L'une des premières compétences que de nombreux patients atteints de dystonie acquièrent en physiothérapie est la prise de conscience du mouvement. M. Bhatt fait remarquer qu’une fois que certaines postures et certains mouvements sont encodés dans le cerveau, bon nombre de ses patients surestiment leur ampleur. Cela peut à son tour aggraver les symptômes non moteurs, comme l’anxiété, créant ainsi un cercle vicieux qui entraîne une aggravation des symptômes moteurs, comme la tension. M. Bhatt utilise souvent la rétroaction vidéo pour aider les patients à observer et à suivre leurs mouvements, ce qui leur permet d’établir une base de référence plus précise.
Une fois que le patient a une meilleure idée de ce qui se passe dans son corps, M. Bhatt tente d’explorer différentes façons de bouger qui améliorent la fonction physique et atténuent l’inconfort.
Cela consiste à renforcer et à étirer certains muscles, puis à tirer parti de cette meilleure conscience corporelle pour activer certains muscles de façon ciblée, ce qui permet d'effectuer les mouvements plus efficacement.
Il énumère des techniques telles que la stimulation par vibrations, la respiration et la relaxation, ainsi que des exercices sensorimoteurs permettant d’adopter ces différentes façons de bouger. M. Bhatt se penchera également sur des astuces sensorielles susceptibles d'atténuer les symptômes.
Il n'y a pas de réponse simple en ce qui concerne la durée du traitement. Cela peut varier en fonction du type de dystonie dont souffre la personne, de son expérience antérieure, de ses objectifs personnels et des ressources dont elle dispose. L'approche de M. Bhatt vise à élaborer un programme d'exercices que les patients peuvent faire tous les jours à la maison afin d'effectuer des progrès et de les conserver. M. Bhatt recommande de faire preuve de franchise avec votre physiothérapeute quant aux contraintes de temps ou de ressources dont vous disposez pour la physiothérapie. Vous pourrez ainsi élaborer ensemble un plan réaliste.
Quels types d'améliorations sont possibles?
Pour M. Bhatt, la physiothérapie ne consiste pas à rechercher la perfection dans le mouvement. Elle permet d’aider les gens à faire ce qui compte le plus pour eux. Il dispose de nombreux exemples d’objectifs fonctionnels que ses patients ont pu atteindre grâce à des programmes de physiothérapie.
Il y avait cette enseignante qui souhaitait pouvoir tourner la tête pour s’adresser à un groupe d’élèves sans que ses tremblements prononcés ne l’en empêchent.
M. Bhatt évoque le cas d’une autre personne atteinte de dystonie qui souhaitait améliorer son équilibre au point de pouvoir se rendre seule au cinéma. Ils ont travaillé ensemble pour améliorer son endurance et commencé par une petite marche jusqu’au dépanneur du coin. Ils ont commencé par porter des choses, à prendre un contenant de lait pour le ramener à la maison. Finalement, ils ont réussi à monter les marches jusqu’à leur siège au cinéma avec leur maïs soufflé.
Il se souvient d’une femme qui souhaitait pouvoir rédiger des notes pour son mari tout en continuant à signer ses propres chèques. Ils se sont efforcés de modifier la posture de son bras et de détendre son épaule, afin de donner à sa main davantage de liberté pour tenir un stylo et écrire.
Récemment, une patiente lui a confié qu’il y a un an, elle n’aurait jamais pu imaginer pouvoir promener son chien sans ressentir de douleur. Après avoir travaillé ensemble sur des exercices visant à renforcer sa force et sur des stratégies pour gérer la douleur, elle a pu marcher sur de plus longues distances et sans ressentir de douleur.
Ce sont ces progrès fonctionnels qui rendent la thérapie motivante et efficace. « Les gens peuvent suivre des séances de physiothérapie aussi longtemps qu’ils le souhaitent », M. Bhatt explique : « Mais s’il n’y a pas d’objectif à la fin, souvent, ils ne feront pas les exercices et ne comprendront pas en quoi ces exercices vont les aider. »
Les obstacles à l'accès et comment les surmonter
L'accès aux soins constitue un obstacle majeur pour de nombreux traitements complémentaires de la dystonie. En matière de physiothérapie, il peut être difficile de trouver des spécialistes des troubles du mouvement. M. Bhatt offre ses services en personne et en ligne à ceux qui habitent trop loin. Le recours à la télésanté a pris de l'ampleur dans les provinces. Certaines réglementations exigent toutefois que les physiothérapeutes soient titulaires d'un permis d'exercice dans la province où ils dispensent leurs soins. Une plus grande souplesse en matière d’octroi de permis pourrait permettre à un plus grand nombre de personnes d’avoir accès à des professionnels possédant des connaissances spécialisées dans toutes les provinces. Le fait de communiquer avec l'organisme provincial de réglementation de la physiothérapie ou avec l'association professionnelle de votre province peut contribuer à faire connaître la demande de ces changements en matière d'octroi de permis d'exercice.
Il y a aussi la question des coûts. Bien qu’il existe des programmes multidisciplinaires financés par l’État pour des troubles comme la maladie de Parkinson, les personnes atteintes de dystonie ne bénéficient pas du même accès. Dre Liao reconnaît qu’il s’agit là d’un problème. « J’espère que nous verrons à l’avenir une augmentation des programmes subventionnés de physiothérapie spécialisée et d’exercices en groupe axés spécifiquement sur la dystonie, qui permettront de répondre aux besoins non comblés », dit-elle.
Sensibiliser la population et militer en faveur de ces services là où vous vivez peut constituer la première étape pour que la physiothérapie fasse partie intégrante des cliniques spécialisées dans les troubles du mouvement financées par la province.
Même si la physiothérapie ne permet pas de guérir la dystonie, elle peut aider de nombreuses personnes à bouger plus aisément, à renforcer leur confiance en elles et à progresser vers des objectifs quotidiens significatifs. Dre Liao souligne que, comme la dystonie peut se manifester différemment selon les personnes, les spécialistes en apprennent chaque jour davantage à son sujet. « Pour de nombreux patients, les médicaments dont nous disposons actuellement n’ont souvent qu’une efficacité partielle ou entraînent trop d’effets secondaires. Les traitements complémentaires, comme la physiothérapie, sont bénéfiques et ne présentent aucun effet secondaire. » Comme le dit M. Bhatt, « Le but est d’apprendre, d’expérimenter et d’essayer de nouvelles façons de bouger. »
La FRMD Canada tient à jour une liste de professionnels spécialisés dans la dystonie. Pour trouver un physiothérapeute près de chez vous, vous pouvez consulter le site : www.dystoniacanada.org/fr/Physiothérapie-et-dystonie